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Une série d’études clarifie l’efficacité et l’innocuité de nouveaux médicaments pour le diabète de type 2
L’équipe CNODES a publié une série d’articles importants sur les inhibiteurs du cotransporteur sodium-glucose de type 2 (SGLT2), une classe de médicaments utilisée au Canada, depuis 2014, dans le traitement de deuxième et de troisième ligne du diabète de type 2. Dans l’un des articles, on se penche sur leur efficacité dans la prévention des incidents cardiovasculaires. Dans les autres, on soulève certains risques pour la santé, comme l’acidocétose diabétique, l’amputation sous le genou et l’infection urinaire grave.

« L’utilisation des inhibiteurs SGLT2 dans le traitement du diabète de type 2 est relativement récente », explique le Dr Kristian Filion, chercheur à l’Institut Lady Davis et professeur agrégé au Département de médecine et au Département d’épidémiologie, de biostatistique et de santé au travail de l’Université McGill. Le Dr Filion a contribué aux quatre études. « Ces médicaments ont de bons résultats dans les essais cliniques, mais dans la vraie vie, leur innocuité et leur efficacité n’ont pas encore été confirmées auprès des milliers de personnes qui les prennent. Il faut toujours confirmer les effets d’un médicament au-delà des essais cliniques contrôlés. »

Les inhibiteurs SGLT2 interrompent la réabsorption du glucose dans les reins, ce qui fait baisser le taux de glycémie. Ils ont été comparés aux inhibiteurs de la dipeptidyl peptidase-4 (DPP-4), qui empêchent l’enzyme DPP-4 d’augmenter le niveau des hormones gastro-intestinales appelées incrétines. Les études se sont fondées sur les bases de données de sept provinces canadiennes et du Royaume-Uni qui regroupaient les dossiers médicaux anonymisés de plus de 400 000 patients, pour la période de 2013 à 2018.

En ce qui concerne les incidents cardiovasculaires, des études antérieures avaient observé que les inhibiteurs SGLT2 réduisaient le risque d’incidents cardiovasculaires comparativement à d’autres médicaments utilisés pour traiter le diabète. En effet, d’après les résultats d’une étude publiés dans le BMJ, la prise de ces médicaments est associée à une baisse du risque d’incidents cardiovasculaires graves. « La popularité de ces médicaments est principalement attribuable à leur réduction démontrée du risque d’infarctus du myocarde, d’insuffisance cardiaque et d’insuffisance rénale ainsi que du nombre de décès causés par un problème cardiovasculaire ou, possiblement, par tout autre problème, et ce, chez les patients souffrant de diabète de type 2 et participant à des essais randomisés contrôlés, précise le Dr Filion. Notre étude vient confirmer les bienfaits de ces médicaments dans la pratique clinique de tous les jours. »

En revanche, les chercheurs ont trouvé que, en comparaison aux inhibiteurs de la DPP-4, les inhibiteurs SGLT2 étaient associés à un risque presque trois fois plus élevé d’acidocétose diabétique, une complication du diabète rare, mais potentiellement mortelle. Leurs résultats de recherche ont été publiés dans le journal Annals of Internal Medicine. Santé Canada et la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis ont mis le public en garde contre cet effet indésirable. Les résultats en question laissent croire que le risque d’acidocétose diabétique serait plus élevé chez les patients dont le diabète de type 2 est à un stade moins avancé. Cela dit, d’autres études seront nécessaires pour corroborer ces résultats.

« Ce risque doit être évalué en tenant compte des avantages que les inhibiteurs SGLT2 présentent pour les troubles cardiovasculaires et rénaux », avance le Dr Antonios Douros de l’ILD, auteur principal de l’étude. « Les patients doivent être informés des premiers symptômes de l’acidocétose diabétique, et s’ils les ressentent, ils doivent arrêter de prendre les médicaments et consulter un médecin immédiatement. »

Quant à l’amputation sous le genou, les rapports à ce sujet ne sont pas unanimes selon la Dre Oriana Yu de l’ILD, première auteure de l’article publié dans Diabetes Care. D’autres études plus récentes avaient observé un lien entre les inhibiteurs SGLT2 et l’amputation sous le genou : il fallait donc enquêter plus loin dans un contexte réel. Durant une période de suivi de 11 mois, le nombre d’amputations sous le genou était de 1,3 pour 1 000 patients par année, mais de 1,5 pour 1 000 patients par année chez ceux qui prenaient les inhibiteurs de la DPP-4. Il s’agit d’un écart négligeable. « Même si ces résultats sont rassurants, explique la Dre Yu, il faudra mener d’autres études avec une période de suivi plus longue pour connaître les effets à long terme possibles du médicament. »

Donnant suite à une mise en garde de la FDA concernant un risque élevé d’infection urinaire grave chez les diabétiques de type 2 qui prennent les inhibiteurs SGLT2, l’étude publiée dans Diabetes, Obesity and Metabolism n’a pas pu confirmer ce lien. Ses auteurs préviennent toutefois que « si on se fie à toutes les preuves existantes, il se peut que les inhibiteurs SGLT2 ne soient pas plus sécuritaires que les inhibiteurs de la DPP-4 ».

Le CNODES a reçu le mandat de mener ces études pancanadiennes de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) du Québec, qui gère la Liste des médicaments du régime d’assurance médicament de la province et évalue actuellement les différents traitements du diabète vu la prévalence accrue de cette maladie et le coût élevé des traitements offerts. Les inhibiteurs SGLT2 vendus au Canada qui ont fait l’objet des études en question sont commercialisés sous les appellations suivantes : canagliflozin (Invokana®), dapagliflozin (Forxiga®) et empagliflozin (Jardiance®).

La série d’études sur les inhibiteurs SGLT2 a été dirigée par le Dr Pierre Ernst, chercheur principal à l’ILD et professeur en médecine à l’Université McGill.

« L’initiative du CNODES, soutenue par les Instituts de recherche en santé du Canada et par Santé Canada, a permis de mener cette vaste étude sur les effets de ces médicaments servant à traiter le diabète », précise le Dr Samy Suissa, chercheur principal du CNODES, directeur du Centre d’épidémiologie clinique de l’ILD et professeur émérite titulaire d’une Chaire James McGill aux départements d’épidémiologie, de biostatistique et de médecine de l’Université McGill. « En réunissant les plus grands cerveaux canadiens en matière de recherche sur les effets des médicaments et notre accès à une richesse de banques de données, le réseau CNODES continue de contribuer à améliorer la santé de la population canadienne. »

Support research at the Lady Davis Institute - Jewish General Hospital